« Le rapport d’étonnement » de Sabine

Le rapport d’étonnement de Sabine, arrivée fin décembre de France.
Éléments recueillis par Cécile Criquet

Avant d’arriver, Sabine, avec ses 4 enfants, avait déjà une petite idée de ce qui l’attendait : son mari l’avait précédée et surtout, elle se doutait de similitudes avec sa Côte d’Ivoire natale. Cependant… L’arrivée nocturne à Antananarivo n’a pas été exempte de surprises et, pour ses enfants, de déceptions. Heureusement, la suite leur a donné de quoi apprécier leur nouvelle vie.

La plus grande surprise fut la langue. Sabine pensait que Madagascar, colonisé par la France comme son pays, parlerait davantage le français. Eh oui ! On aborde les nouvelles choses à l’aune de celles que l’on connaît déjà, au risque de se tromper…

La Côte d’Ivoire, un des pays au monde où l'on parle le plus grand nombre de langues sur son territoire, utilise le français comme langue véhiculaire.

Surprise donc, de constater qu’ici, il existe une langue vernaculaire qui prime sur toutes les autres.

A la sortie de l’aéroport, deuxième choc : la mendicité à une heure avancée de la nuit, avec de très jeunes enfants mis en avant. D’ailleurs, cette première prise de conscience de la pauvreté d’une grande partie de la population malagasy n’a pas été démentie par la suite. Sabine est toujours aussi choquée de la prégnance de la mendicité des jeunes enfants, et de leur insistance, de leur toc-toc sur les vitres de la voiture, partout, dans tous les quartiers. Ses enfants en ont pleuré, leur première nuit. On a beau avoir lu que plus de 80% de la population vit en-dessous du seuil d’extrême pauvreté, on ne s’habitue pas à la voir si souvent…

3ème étonnement en quittant l’aéroport : c’est tout noir. Aucune lumière n’est venue montrer un peu des belles rizières qui longent la route de l’aéroport, aucune lumière urbaine pour découvrir la ville. Pas de chance, ce fut une nuit sans lune avec un fort délestage. Arrivée stressante donc : on ne va pas comprendre les gens, la pauvreté est omniprésente et choquante et il y fait vraiment nuit la nuit.

Heureusement le réveil du lendemain est venu apporter son lot de belles surprises. D’abord la jolie vue de l’appartement. Antananarivo offre des vues sublimes.

Et plus prosaïquement, les premiers instants-achats et courses à la City ont permis à tous d’être rassurés : de nombreuses personnes parlent français, des magasins ont des standards européens, la vie dans son confort quotidien ne va pas être si différente qu’en France. Un des enfants s’est même extasié sur la présence d’un escalator, c’est dire !

Maintenant que les enfants se sont adaptés, admirablement bien d’ailleurs, Sabine peut explorer la ville et rencontrer son entourage.

Elle reste ébahie par l’étroitesse des routes, leur sinuosité, leur absence d’espace dédié aux piétons (pauvres d’eux ! elle a essayé un déplacement pédestre et a dû se jeter dans les fourrés pour éviter les véhicules !). Elle aimerait bien qu’un architecte, un géomètre, pense à faire un trottoir, même un tout, tout petit petit…

Cependant, malgré la configuration stressante des rues, par rapport à Abidjan dit-elle, circuler est plus aisé et plus sécurisant. Les motocyclistes portent un casque, les automobilistes sont patients et compréhensifs, ils respectent le code de la route…

Sabine apprécie les mélanges qui règnent à Antananarivo : la diversité urbaine des zones résidentielles qui côtoient les habitats plus défavorisés, les boutiques avec leurs vitrines bien rangées et les petits marchés partout partout, les champs au milieu de la ville… Elle a trouvé son bonheur parmi la diversité de l’offre des poissons et des légumes, (Mais où sont les agoutis ô ?!) et apprécie le climat peu humide et aéré.

« Ça va me tuer ! » Devinez quoi ? L’absence de « non » dans le vocabulaire malagasy. Ah le nombre de fois où elle s’est heurtée à cette particularité culturelle ! Mais elle s’adapte et commence à apprendre à ne plus poser de question fermée pour éviter les déconvenues et apprécier à leur juste valeur les échanges sympathiques qui jalonnent son quotidien. Sabine et ses enfants se sont vite adaptés, 2 mois seulement mais déjà l’impression qu’il y a longtemps qu’ils sont là, avec bonheur et plaisir. Son 1er café mensuel de Tana Accueil lui a permis de vite se sentir appartenir à une communauté et elle profite à fond de toutes les opportunités pour se sentir encore mieux.

Tonga soa Sabine !

Paru dans la lettre de Tana Accueil de mars 2025.

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