Le rapport d’étonnement de Cécile
Arrivée à Antananarivo, excités, en septembre 2021. Mes premières impressions, je me souviens, je les avais écrites !
Les Malgaches semblent beaucoup plus disciplinés et réservés que les Ouest-Africains. Pas de cohue et de négociation à l’embarquement, pas d’applaudissement à l’atterrissage, pas de marlous qui passent devant tout le monde aux différentes zones de formalités, un code de la route respecté, pas de triple, quadruple ou quintuple file de voitures là où ça ralentit. Waouh.
Si on reste côté circulation, les 2 roues motorisés ont des casques, des vrais ! Ils mettent leur clignotant ! Les policiers font efficacement et malignement la circulation ! Dingue !
Mon fils a dit, à l’aéroport « mais ils sont tout petits ! », et en effet, je me sens normale voire grande : j’ai même encore grandi le jour où on m’a dit que comme j’étais grande, je pouvais attraper un truc sur une étagère !
Une ville aux multiples visages. En bas, c’est moi qui le dis « en bas », des lacs et des grandes étendues entrecoupées de rizières et de plantations. Des zones qui ressemblent à nos zones commerciales. Moches. Et puis des collines. Donc des maisons accrochées sur les flancs, étagées, des routes sinueuses qui serpentent, sans trottoir, en très mauvais état. Avec des vues de malade et des raccourcis pour piétons en escalier, en sentiers escarpés, en pavés ou en terre rouge. Raccourcis très étroits, où les gens se croisent à l’égyptienne. Une ville agricole où les rizières sont au coin de chaque regard.
Des fruits coupés vendus au coin des rues présentés sous forme de brique, des papayes, des ananas, des pommes cannelle et des mandarines. Mandarines locales boursouflées, moches, on les dirait malades, mais succulentes ! Pleines de pépins et de peaux blanches mais très sucrées, très goûtues, très juteuses.
Des étals de légumes et des fruits magnifiques avec des trucs qu’on n’avait plus vus depuis 14 ans : cresson, roquette, petits pois, fraises (les jus de fraise, miam, c’était rapidement devenu ma boisson fétiche dans la rue), brocolis et choux fleurs, fenouil et thym, flageolets et radis… Mais sur les étals des marchés, pas dans les magasins pour vazahas (les toubabs d’ici, les blancs quoi) ! Et puis ils sont présentés de différentes manières : entiers, coupés en fines lamelles, genre rapés ou en mini cubes déjà prêts pour la minestrone, en zig-zag pour faire zouli…
Des vendeurs de niamas niamas qui donnent envie de manger tout le temps. Mes préférés, des machins en forme de mini blinis, à la farine de riz, frits, croustillants dehors et moelleux dedans, légèrement sucrés mais on peut rajouter du sucre présenté dans l’assiette : les mofogasy. Et puis des sortes de beignets de légumes rapés. Les taxis sont beiges, c’est à leur couleur qu’on les reconnaît. Mais aussi au modèle : des 4L, des 2CV, des super5, des 205, et des vieilles que je connais mais dont je ne sais pas le nom. Tous coupent le contact dès qu’on descend. C’est à dire la moitié du temps, l’autre on monte. Certains n’ont pas de clé, c’est le contact avec les fils. Il faut être virtuose pour maintenir la trajectoire avec peu de marge entre les véhicules tellement c’est étroit, et en même temps mettre les mains sous le volant et trifouiller les fils pour remettre du gaz !
Et vous, quelles sont vos premières impressions ? Vos premiers étonnements, premiers émois, premiers gloups ?
Vous pouvez m’appeler pour me raconter et je l’écrirai pour vous si vous ne souhaitez pas écrire vous-même…
Cécile Criquet
La suite
Il y a autour de nous, certaines activités qui me laissent admirative.
La première est une activité que tous ceux qui vivent dans un logement avec un parquet connaissent. Je l’ai nommée « sport-coco-ciré ».
Il faut avoir une demi-noix de coco avec son enveloppe extérieure et la bourre (des fibres très résistantes et accessoirement isolantes). On laisse dépasser la bourre d’un centimètre environ. On pose la noix sur le parquet, bourre au contact du bois, un pied dessus façon trottinette et va que je frotte ! C’est méga sportif. J’ai essayé. Outre le fait que j’ai failli me casser une jambe parce qu’il faut aussi de l’équilibre, j’ai sué autant qu’une séance de cardio pour lustrer à peine 10 cm2… Il y a même des virtuoses qui le font avec les 2 pieds simultanément, chacun équipé de sa demi-noix ! Ça, je n’ai pas essayé, c’est une variante trop dangereuse pour moi.
Il y a le livreur d’eau. Métier d’une importance capitale pour fournir en eau ceux qui n’ont pas la chance de l’avoir à domicile, c’est-à-dire entre 60 à 75% de la population d’Antananarivo. Le véhicule de livraison est ingénieusement et chichement conçu : planches de bois toutes de guingois pour le « sol », des roulettes, petites ou grosses, genre roulettes de vélo ou pneus, un bois horizontal de la largeur du véhicule pour pousser, et un système de corde et de poulie pour diriger l’essieu avant. Les plus techniques ont un volant pour actionner poulie et essieu. Et des bidons jaunes de 20 litres là-dessus.
Cette charrette est poussée ou retenue, selon le sens de la marche et surtout le sens de la côte.
Le livreur repart de la borne-fontaine avec sa cargaison de plusieurs centaines de kilos pour livrer l’eau. On voit très bien dans quelle phase il est, bidons pleins ou bidons vides, à l’effort qui est très visiblement fourni pour faire avancer la charrette. Le bidon coûte 100 ariary les 20 litres d’eau. Pour la livraison, ça dépend de la distance, de la côte et de la période. En ce moment, avec les pénuries, cela peut monter jusqu’à 5 000 ariary le bidon.
Il y a, pour moi le plus curieux, le capitonneur, dont le métier n’est pas dans le dictionnaire hexagonal. Le gars qui récupère les vieux fauteuils de véhicules en tous genres (j’ai même vu un fauteuil d’avion) et qui refait le capitonnage, en clair qui les remet en état. Ou bien, on lui amène son véhicule avec son siège tout défoncé, et le gars le rembourre, le recoud, le nettoie et vogue la galère ! Il y en a partout. Ça va avec l’âge avancé des voitures. Et ma foi, les voitures sentent parfois fort l’essence, les chauffeurs coupent le moteur en descente, les leviers de vitesse sont souvent des instruments de musique tellement ils chantent, les portes ne s’ouvrent qu’avec le secret du chauffeur, les fenêtres ont rarement une manivelle… Mais les fauteuils sont assez propres. Autant qu’ils peuvent l’être vu leur âge et le nombre de fesses qui les ont caressés.
Il y a enfin, le marchand de citrons qu’on trouve partout où il y a des piétons ou des voitures au ralenti. Mais moi ce qui m’intéresse chez lui, c’est son panier. Ils ont tous le même panier, les marchands de citrons, mais il m’a fallu 3 ans pour en trouver la source. Et je ne vous livrerai pas le secret ! Mais je suis preneuse de panier à citrons…
Cécile Criquet
Paru dans les lettres de Tana Accueil de décembre 2024 et janvier 2025.