Le rapport d’étonnement de Clotilde, nouvellement arrivée de Nouvelle-Calédonie.
Éléments recueillis par Cécile Criquet
Je suis arrivée à Tana il y a trois mois et mes premiers sentiments ont été l’emprisonnement, le cloisonnement et la peur de l’inconnu.
À l’abri dans mon gros 4x4, derrière ses vitres fumées, j’ai ressenti comme une barrière avec la vraie vie qu’on doit vivre ici à Tana.
Ce qui m’a frappé en arrivant sur ce caillou, c’est la pauvreté. La dureté de la vie comparée à nos belles villes étoilées. Surtout perçue à travers les mendiants tels que les enfants. Puis en faisant abstraction de cela, en essayant de me mettre au niveau de la société, je me suis aperçue d’une classe intermédiaire, d’une classe qui semble intègre, heureuse d’exister, fière d’être qui elle est.
Parfois un sourire édenté en dit long, mais il paraît vrai.
Parfois une posture sèche et amoindrie mais aussi droite et courageuse.
J’ai ressenti la force d’un peuple pour son devenir.
Et puis un jour je me suis pris un scooter, quel challenge pour moi ! Mais il le fallait pour mieux appréhender cette faune urbaine, peut-être le besoin de m’échapper de ces vagues urbaines d’embouteillages, du brouhaha ambiant et en fait, de profiter du joyeux bordel. Que c’est grisant de rouler en bande de deux roues insupportables à rouler partout ! Et voilà je me trouve les pieds qui touchent le sol. Enfin invincible derrière mon casque et je rigole tous les jours de ce que je vois.
On voit des bébés qui apprennent à conduire sur les genoux des parents, des gens dans les bennes des pick-up, des squatters de remorques ou de repose-pied derrière les camionnettes, des familles entières sur un scooter, un enfant sur le réservoir d’une moto, des bandes de scooter en claquettes…
Est ce qu’on en parle des casques ? Un casque d’équitation par-ci un casque de poilu par-là, un casque à oreilles de chat, une casserole presque, un bol de riz local ?
Bref, tout le monde fait du scooter en fait ici, animaux compris. Je trouve qu’on ne roule pas trop mal, pas trop vite, sûrement mieux qu’à Paris, et en tout cas ça fait moins peur qu’en Calédonie !
Heureusement vitesse limitée, route réduite, un peu dangereuse tout de même et les trous ! La « troute » : mot découvert à Tamatave, où les trous sont si grands qu’on ne voit plus la voiture de devant. On peut disparaitre dans les trous à Tana aussi... Attention les suspensions !
Incroyable aussi les cratères, dans la ville, des anciennes carrières ou carrément encore en activité. Enfin ça, ce sont les petites mains qui les piochent ces trous-là… Une autre histoire. Et puis les odeurs. Et oui la fleur au fusil en scooter, quelle joie de sentir cette fête urbaine, quelques odeurs, surprenantes, qui me tordent les boyaux parfois, mais on apprend à aimer… Les encens, le barbecue, les fumées noires grises bleues, puis la rue suivante, la fraîcheur du Marais, de la boue agricole… On s’évade…
Paru dans la lettre de Tana Accueil de mai 2025.