Les chapeaux, ni satroka
par Cécile Criquet
Il y a une tradition forte du chapeau à Madagascar. Beaucoup en portent, pour ne pas dire tout le monde.
Moi qui suis une admiratrice de chapeaux, je suis émerveillée. Je n’avais jamais vécu dans un pays avec autant de têtes chapeautées.
Femmes, hommes, adolescents, enfants et bébés portent des couvre-chefs. Il semble que chaque région ait le sien. En cuir de chèvre, de bœuf ou de mouton, avec ou sans les poils, en paille de riz, en raphia tressé ou crocheté, en sisal, en feutre, en écorce d’arbre, en étoffe…
Dans la première moitié du 20
e
siècle, Madagascar fut un important pourvoyeur de « panamas de
Madagascar », et ils étaient réputés pour leur légèreté et leur solidité, grâce à un savant mélange de fibres végétales qui le rendait solide, souple et pliable sans cassure. Dans ce mélange, du raphia, mot par ailleurs d’origine malagasy, attesté en 1652. C’est une plante de la famille des palmiers dont la fibre se travaille. Le tissu fabriqué avec s’appelle rabanne. Par extension, la fibre se nomme le raphia. Revenons à nos regards quotidiens.
J’ai appris les chapeaux en cuir des Antandroy, les chapeaux qui épousent parfaitement le crâne (et pas plus) à tout petit bord roulé des Bara, les canotiers en paille de riz des Merina, les tressés à forme carrée des Betsileo. J’aimerais tellement en apprendre davantage ! 18 ethnies, 18 bibis ? Ils protègent du soleil et du froid mais sont aussi un symbole, comme toujours dans les us vestimentaires, du statut social et de l’identité. Et même si les chapeaux traditionnels ne sont plus les plus nombreux, les « vita malagasy » non plus, même s’ils ne sont plus des marqueurs forts de l’identité, ils sont pour moi indissociables des Malgaches.
Dans les rues d’Antananarivo, les têtes ont été colonisées par les invendus, les écartés, les trop-vieux et les rejetés venus d’Europe. Mais aussi, par des nouveaux modèles confectionnés grâce au savoir-faire local avec des matières premières locales.
Ainsi on trouve, indifféremment du genre de son porteur, toutes les couleurs et toutes les formes. Du bonnet à pompon rouge pompier à la chapka fourrée, du canotier sobre ou au galon pailleté à la casquette à écusson, du panama au bibi à voilette ou décorations florales diverses, du feutre rose au béret, du chapeau de paille naturelle ou colorée à la capeline avec ou sans élastique pour le vent, du chapeau cloche à poils vert pomme à la casquette gavroche, marine ou plate, et mon préféré, LE bob, mickey ou à pois, perché sur le haut de la tête ou enfoncé jusqu’aux yeux, de toutes les couleurs, de tous les âges.
Et vous, lequel est votre préféré ?
Cécile Criquet.
Paru dans la lettre de Tana Accueil de juin 2025.